Une histoire associative

L’association archéologique La Riobé, fondée en 1953, est implantée au coeur même de son terrain d’étude, dans l’ancienne école de Châteaubleau (Seine-et-Marne). Ses objectifs premiers sont de mettre au jour, préserver et faire connaître le patrimoine archéologique exceptionnel de ce village. Grâce à une équipe de bénévoles qui ne cesse de croître, plusieurs vestiges d’importance ont été découverts (sanctuaire de source, théâtre, ensemble cultuel doté de quatre fana, quartiers d’habitat et artisanal etc.) ainsi qu’un ensemble de mobilier incroyable, dont une tuile inscrite en langue gauloise unique au monde. L’association a pour mission de comprendre le développement de l’agglomération antique que borde une voie de passage importante, la Via Agrippa. Il s’agit également de mettre en lumière les activités ayant fait vivre (travail artisanal, pratiques cultuels, travail de faux-monnayage etc.) mais aussi comprendre la place de l’agglomération dans le maillage urbain de l’Empire.

Grâce un travail constant des bénévoles les fouilles sont menées afin de remplir les objectifs scientifiques (une opération programmée chaque été pendant au moins un mois et des chantiers plus court durant l’année) mais également des études de mobilier et un travail de traitement titanesque de toute la documentation de fouille. Toutes ces tâches sont le résultat d’un travail bénévole qui a mené, plus de 60 ans après la création de La Riobé, à une reconnaissance du village de Châteaubleau comme un site archéologique majeur et à l’inscription ou au classement à l’Inventaire des Monuments Historiques des principaux monuments antiques.

 

Un peu d’histoire…

 

De 1857 à 1870 : Victor Burin

Victor Burin (©Archives Burin)

Les premiers vestiges découverts à Châteaubleau sont fortuits. Nous savons que les murs de l’actuel théâtre gallo-romain étaient encore hauts de 2 à 5 m au XIXe siècle ; qu’un pan de mur pris dans la clôture du cimetière communal était antique ; que les travaux de voirie de l’actuelle RD 209 ont mis au jour la voie romaine ; et qu’au moins quatre fontaines sont connues pour avoir des origines très lointaines.

Ces découvertes n’intéressaient personne jusqu’à l’arrivée d’un certain Victor Burin, instituteur de 18 ans à Saint-Just (une commune voisine), doté d’une nature curieuse et ayant une appétence pour les choses de l’histoire. Parmi ses premières recherches, les fontaines où les bêtes allaient souvent s’abreuver dans le village et particulièrement celle que l’on appelle « la Tannerie ». Celle-là même où en septembre 1857 il récupère une tegula marquée avant cuisson d’un nom presque complet (-SABIN) et une brique de pilette également inscrite.

 

Victor Burin prend à cœur les recherches archéologiques du village et poursuit ses investigations dans l’anonymat jusqu’à la publication de son inventaire de trouvailles dans le Journal de l’arrondissement de Provins, le 6 août 1858. Durant neuf années, il va s’investir parallèlement à son métier d’instituteur et ses travaux vont attirer de nombreux érudits désireux de constater par eux même les exceptionnelles trouvailles castelblotines :

  • Deux médecins qui émettent pour la première fois l’hypothèse que Châteaubleau et l’agglomération de Riobe, mentionnée dans la Table théodosienne, sont les mêmes lieux.

  • Edmond de l’Hervilliers un des archéologues ayant passé un certain temps dans le village, à étudier et surtout à former Victor Burin aux rudiments de la discipline. C’est un érudit respecté notamment grâce à sa participation à la découverte de Champlieu. Malgré son investissement en faveur de la découverte des biens exceptionnels de Châteaubleau, Edmond de l’Hervilliers est très critiqué localement.

  • Le Comte Ad. de Pontécoulant (futur marquis) arrive en 1863 dans le village et va totalement bouleverser les méthodes d’investigations de Victor Burin et surtout stimuler l’intérêt pour le site. Grâce à ses contacts dans la haute société de la région il crée la première Société d’Archéologie, Sciences, Lettres et Arts de Seine-et-Marne dont Victor est nommé membre fondateur. De plus, l’influence du Co

  • mte est probablement à l’origine de la récompense qu’il obtient de la Société Française de Numismatique pour le médaillier constitué à Châteubleau.

 

Les récompenses et les distinctions pour son travail, Victor en reçoit plusieurs au cours des années qu’il passe à découvrir et à inventorier ses trouvailles. Celle de la Société Française de Numismatique déjà abordée mais également un prix spécial de l’Empereur, de nombreux échos dans la presse et enfin une nomination au poste de directeur de l’école de La Croix en Brie, en 1870. Dès lors Victor ne s’occupera plus que très sporadiquement des affaires liées aux trouvailles archéologiques de Châteaubleau. Il inventorie les objets que les habitants lui apportent et reste en correspondance avec les sociétés savantes mais il n’intervient pas lors du démantèlement des murs du théâtre antique et des pillages. De plus, il semble que le gouvernement de la IIIe République et les notables locaux se soient désintéressés des recherches sur l’Antiquité au temps des Gallo-romains.

Le nom de Victor Burin est ensuite vaguement réapparu dans la presse à l’occasion de la première sortie collective de la jeune Société d’Histoire et d’Archéologie de Provins.

 

De 1939 à 1990 : Jacques-Paul Burin

Jacques-Paul Burin (©Archives Burin)

Petit-fils de Victor Burin, Jacques-Paul est un passionné d’histoire et est particulièrement touché par l’héritage laissé par son grand-père. Il apprend très tôt à aimer Châteaubleau et ses trésors et entraîne tous ceux qui le veulent sur le site pour l’aider à mettre au jour les vestiges enfouis. Dès 1939 il se rend sur le site avec sa fiancée pour fouiller sur le théâtre. Ils trouvent dans la cavea un bol en sigillée d’Argonne, et encore des tuiles sur le site de « la Tannerie ». Cependant la Seconde Guerre Mondiale met fin aux investigations de Jacques-Paul jusque dans les années 1950.

 

Dès 1951, Jacques-Paul prend contact avec le maire de Châteaubleau, Prosper Desplats, afin de proposer une sensibilisation des habitants à patrimoine historique, pour qu’ils signalent les vestiges et surtout qu’ils collaborent avec la commune à la création d’un musée local. Son projet n’est pas une grande réussite mais il ne baisse pas les bras et, durant les neuf années suivantes, il s’évertue à faire connaître le site en créant notamment l’association archéologique de La Riobé en 1953. Il fait également de nombreuses interventions au sujet de ses découvertes au sein de la Société Historique de Provins et fait en sorte de faire venir des personnalités importantes à Châteaubleau. Parmi celles-ci, André Piganiol, directeur de la circonscription archéologique de la Région parisienne. Ses initiatives sont peut relayées. Elles manquent de bénévoles pour la fouille et le traitement du mobilier, mais aussi de volonté au niveau local pour obtenir les autorisations d’interventions.

 

En 1960 Jacques-Paul se tourne vers Pierre-Henri Mitard responsable de la fouille du site de Genainville à l’ouest de Paris qui est très analogue à celui de Châteaubleau. De cette visite il obtiendra qu’on parle de son cas au jeune Touring Club de France qui cherche un site à l’est de Paris afin de faire intervenir sa Commission du Groupe d’Archéologie Antique. C’est à l’automne de la même année que la situation de l’association prend un nouveau départ grâce à Guy Cloménil (membre du TCF) qui comprend le potentiel de Châteaubleau après une brève prospection et la lecture du Répertoire archéologique de Seine-et-Marne. Il prend les choses en main et obtient les autorisations de fouille sur les terrains prospectés. Il demande à Daniel Jalmain des vues aériennes du terrain ; étudie la documentation amassée depuis Victor Burin, et, surtout, rédige des rapports qui permettent d’avoir des autorisations d’intervention.

 

Le 3 avril 1961, la première tranchée creusée sur la parcelle dite de l’ « Aumône » marque officiellement la reprise des fouilles archéologiques à Châteaubleau. Depuis les opérations se sont succédées, sous la direction de Guy puis de son successeur Henri Vigarié et enfin de Jacques-Paul en personne entre 1973 et 1988. Ce dernier travaille d’arrache-pied avec des dizaines de bénévoles à la fouille, le traitement du mobilier, à la formation des fouilleurs, à la valorisation des recherches et à la rédaction des rapports.

 

Aujourd’hui, presque 30 ans après la mort de Jacques-Paul Burin, les fouilles à Châteaubleau se poursuivent grâce à l’action constante des bénévoles. Sur les bases instaurées lors sa création, l’association s’efforce de continuer ces travaux pionniers rendant son patrimoine au village mais également en contribuant à enrichir nos connaissances dans le domaine de l’archéologie gallo-romaine.

Site Archéologique Gallo-Romain / Initiation à l'archéologie

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