La tuile de 4 lignes

Documentaire préparé par les élèves de l’école de Vanvillée

La tuile est écrite en langue gauloise.
Les gaulois n’avaient pas d’alphabet spécifique.
Alors comment écrivaient –ils leur langue ?

L’alphabet gallo-romain de Châteaubleau

Il n’existe pas d’alphabet gallo-romain : l’alphabet utilisé est l’alphabet latin.
Pour traduire certains sons gaulois, les gallo-romains ont emprunté des signes à l’alphabet grec.
On aperçoit sur la tuile de neuf lignes, des signes qui ne sont pas des lettres latines antiques.  Notamment, la lettre Z grecque… On y trouve aussi deux ‘s’  reliés entre eux par une ligature. Ce signe appartient à l’usage romain (c’est une abréviation pour super-scriptus, qui signifie « écrit ci-dessus »).

Dans l’alphabet latin antique, il y a 19 lettres. Le X a été ajouté plus tardivement.
On ne trouvait pas le Y, ni le Z, ni le W.
Le U et le V était représentées par la même lettre. Même chose pour le I et le J.
Le E était représenté par le signe II.
Avec le temps, les lettres ont évoluées, comme le A ou le E. Les accents et la cédille existaient déjà en écriture cursive.

Les tuiles gravées de Châteaubleau

Ces tuiles sont écrites en langue gauloise, en cursive latine. Elles sont fabriquées avec de l’argile, placées dans un moule pour obtenir la forme voulue.
Les gallo-romains utilisent des stylets pour écrire sur l’argile fraîche. A Châteaubleau les archéologues  en ont trouvé un avec une tête d’oiseau.
Puis l’argile est mise à sécher.
Ensuite les tuiles sont cuites dans un grand four spécifique de très grande taille à une température très élevée. On n’a pas retrouvé de fours de ce type à Châteaubleau.
Une fois cuite, elles peuvent être mises sur un toit. Elles sont généralement utilisées comme affichage public, quel que soit le contenu de cet affichage (réglementation / sentence judiciaire, ex-voto adressés aux  dieux et aux déesses, comme Vénus, Jupiter, Neptune…).

La tuile de quatre lignes

La tuile de quatre lignes a été retrouvée dans un lieu qui était autrefois un lieu de culte pour les divinités : le sanctuaire des sources.

Le sanctuaire comportait deux bassins où l’eau était recueillie, au Sud, en provenance d’une source. L’eau de pluie y était récupérée dans des caniveaux. Le toit qui couvrait le péribole, incliné vers les bassins, faisait couler l’eau vers le centre. Les caniveaux l’acheminaient vers un fossé creusé jusqu’au ru de l’Yvron.
L’eau de source était réputée pour avoir des propriétés miraculeuses et notamment le pouvoir de soigner les yeux.
Des pèlerins se rendaient donc au sanctuaire et se baignaient dans les bassins après avoir donné une offrande aux dieux, comme leur jeter une pièce, ou leur donner un ex-voto.
Cette tuile se trouvait dans une des quatre tours en forme de demi-cercle appelée absides qui bordaient le sanctuaire. Les archéologues l’ont retrouvée dans celle au Nord de l’édifice.
Elle a été datée aux environs du Ier ou IIè siècle après Jésus-Christ.
La tuile se trouvait sur le toit de l’abside.
Plus tard, avec les intempéries et les gens qui récupéraient les matières premières pour améliorer leurs conditions de vie, la tuile de quatre lignes est tombée et s’est cassée.

Quand les chercheurs en herbe en apprennent aux plus grands

Cette tuile comporte quatre lignes d’écriture : une partie est lisible et l’autre moins. Pourquoi ?

François Binet archéologue bénévole nous a expliqué que  cette différence prouvait que cette tuile avait été  placée sur un toit. Une partie de la tuile de quatre lignes était protégée par une autre tuile grâce à un système d’encoche et l’autre non, qui elle était exposée au vent, à la pluie, la grêle, la chaleur…Les intempéries ont effacé partiellement une partie de la tuile.

Commentaires de Monsieur Lambert :
J’ai cru que la tuile avait été utilisée comme dallage, et l’usure serait alors due aux chaussures des piétons, mais si c’était le cas, on l’aurait de préférence utilisée dans l’autre sens, pour ne pas trébucher sur les rebords de la tuile.

Que raconte la tuile de quatre lignes ?

Nous sommes élèves en classe de Ce2-Cm1. Le Maître nous a fait découvrir la tuile de quatre lignes.  Nous avons eu l’occasion de visiter le site et de rencontrer des personnes importantes.

Parmi elles, il y avait un chercheur du CNRS, Pierre-Yves Lambert, qui nous a donné beaucoup d’informations sur ce que nous venons d’écrire : nous avons émis des hypothèses et Mr Lambert nous a parfois apporté des réponses.

Nous lui avons demandé :

– Qu’est-il écrit sur la tuile de quatre lignes ?

  • C’était sans doute une suite de souhaits : probablement la prière d’un pèlerin.
  • Comment le savez-vous ?
  • C’est une interprétation hypothétique, une supposition sur la base de l’identification de plusieurs mots gaulois avec des mots semblables dans d’autres langues celtiques.
  • 1ère ligne, Uenerianum est un mot latin dérivé du nom de la déesse Vénus : déesse de l’amour et de la beauté. Désigne sans doute « le temple de Vénus » (Venerianum templum), ou « la source de Venus » (Venerianus fons)
  • 2ème ligne (fin) on trouve le mot slan, et à la 3eme ligne le mot slanossietum :

 1. On peut leur comparer l’irlandais « slán » qui signifie « en bonne santé »

 2. « Slanossiet » serait le futur d’un verbe dérivé «  slan », qui signifie « que tout aille bien »,  ou « (il, elle) sera guéri ».

  • 4e ligne, mon gnatixsouim se traduit par «  mon propre fils ou ma propre fille » (genre indéterminé : mon, possessif « mon » est neutre).
  • gnat(e) ou gnati vocatif singulier, masculin ou féminin  (pour le vocatif féminin en –i, cf. Aue uimpi, « Bonjour, la belle ! », sur un peson de fuseau); le thème gnato- / gnata  est apparenté au latin nâtus, nâta « né ». C’est un vieux participe passé passif du verbe signifiant « engendrer », indo-européen *gen-H2, ici *gnH2-to- « engendré » > gnâto- « fils, fille ».
  1. ixso…, thème correspondant peut-être au latin ipse.  Le correspondant gaulois de latin crispus « crêpu » est gaulois Crixos.

Nous nous demandons qui a écrit cette tuile et quelle était son intention:

Les indices donnés par Monsieur Lambert nous permettent d’énoncer que c’est peut-être un pèlerin qui a écrit à Vénus afin de lui demander protection pour un enfant (fille ou garçon : on ne sait pas).

Nous utilisons ces indices tangibles pour imaginer la motivation du scripteur :

  • Peut-être était-ce un père qui a adressé ce message à la déesse Vénus pour protéger son enfant, le préserver des maladies pendant un voyage qu’il aurait entrepris.
  • Peut-être était-ce un pèlerin qui a écrit la tuile de quatre lignes pour demander la guérison d’un enfant malade.
  • Peut-être était-ce un pèlerin qui a écrit la tuile de quatre lignes pour remercier Vénus d’avoir guéri son enfant qui était malade.

Nous avons profité de la présence de Pierre Yves Lambert pour lui demander son interprétation… :

  • Qui a écrit sur la tuile de quatre lignes ? 
  • Si les quatre lignes contiennent une prière, la tuile a peut-être été préparée sur commande ou bien offerte toute prête au pèlerin de passage.

…et lui poser d’autres questions :

– Il y a quatre lignes sur la tuile mais combien de phrases ? Comment le sait-on s’il n’y a pas de point ? Y avait-il des points à la fin des phrases ?

  • On ne connait pas le nombre de phrases car on ne voit plus les points. L’absence de points est certainement due à l’érosion de la tuile.
  • Un autre moyen de compter les phrases serait de compter les verbes conjugués ; on les reconnaît  ici par leur terminaison –ossiet, il y en a deux à la ligne 3 et 1 à la ligne 4. Mais le début de la ligne 2 est illisible, il y avait peut-être un verbe supplémentaire à cet endroit.
  • On voit sur la tuile de 4 lignes un signe qui n’est pas dans l’alphabet et qui ressemble à un ‘r’ en attaché : est-ce que c’est un ‘r’ en attaché ? Une lettre majuscule ?
  • Je n’ai pas identifié l’objet en question.

Qui a écrit l’alphabet ?

  • L’alphabet est certainement écrit à l’intérieur de la tuilerie, d’abord par un ouvrier plus âgé et plus compétent, puis par un ouvrier plus jeune qui était son élève.

Nous avons compris que le travail de chercheur était difficile et qu’il restera des questions sans réponse. 

Les Ce2-Cm1 -Ecole élémentaire de Vanvillé

En partenariat avec P.Y Lambert chercheur au CNRS- Cyrille Chenaie Médiateur du patrimoine- Fabien Pilon Archéologue- Président Association la Riobé- François Binet archéologue bénévole- Pascale Desplats ex conseillère pédagogique – Présidente Association AGRIPPA

Site Archéologique Gallo-Romain / Initiation à l'archéologie

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