Chaussures en cuir

Documentaire réalisé par Agrippa et la Riobé

Ces chaussures d’enfant en cuir datent du IIIème siècle.

Ce sont des carbinata.

La première  est une carbinata gauche d’enfant dont la pointure est estimée à un 25. Du dessus, seule la doublure et un contrefort sont conservés… La tige était assemblée sur le bord de la semelle par un point avant.

Pour le semelage, sont présents la semelle première, le cambrion maintenu en place par un fin lacet de cuir et la semelle d’usure qui est clouée : une rangée simple de clous est disposée sur le pourtour de la semelle.

Au centre de l’emboîtage nous trouvons une disposition en losange. Après les deux clous disposés suivant l’axe médian de la semelle, nous trouvons un triangle au sommet de la cambrure, tandis que dans l’avant-pied nous voyons un motif en forme de S ;  disposition très populaire du début du IIIe siècle au IVe siècle.

La seconde carbinata est un modèle d’enfant fait d’une seule pièce de cuir. Le soulier, dont la pointure est estimée à un 18 ou un 19, est assemblé par un surjetage. Les quartiers sont décorés de poinçons en forme d’accent circonflexe et de triangle, ce qui permet de dégager les œillets pour le laçage.

Le cuir couvrant l’avant du pied est quant à lui découpé à jour. Ces découpes se rencontrent fréquemment à partir de la seconde moitié du deuxième siècle. D’une manière générale lorsque l’on peut déterminer la pointure, il est possible de distinguer les chaussures d’enfant de celles des adultes. En ce qui concerne les sandales, le profil des semelles (bout évasé en forme de raquette) permet de reconnaître celles destinées aux hommes de celles destinées aux femmes.

Comment travaillait-on le cuir sous l’antiquité?

La peau pouvait  être travaillée de diverses manières :

  • avec des éléments (taxis) minéraux (alun).On parle alors de cuir mégis.
  • avec de la graisse ou de l’huile. On parle de cuir chamoisé ou peau de chamois,
  • avec des tanins végétaux. Lorsque le tanin est partiellement lié à la peau on parle de semi tannage.

Le terme cuir, utilisé seul, désigne la peau dont tous les sites réactifs sont liés au tanin végétal. Cela s’obtient en laissant pendant de long mois en fosse la peau en contact avec le tanin. Seul le cuir se conserve dans les sites humides, mais toutes les techniques de transformation étaient utilisées pendant l’Antiquité.

Comment ces chaussures ont –elles été restaurées ?

Pendant l’enfouissement dans le puits, l’eau présente dans le sol  a lessivé les peaux et extrait les composés solubles. Seule la peau travaillée avec des tanins végétaux se conserve. Elle est cependant affaiblie : une partie des composés présents originellement ont disparu et sont remplacés  par l’eau présente dans le substrat. Dès la découverte il faut éviter toute évaporation. Le but du traitement de conservation va consister à remplacer l’eau par un produit non volatile.

Les fragments sont alors lavés mécaniquement (au pinceau) puis placés dans une solution aqueuse de polyéthylèneglycol (PEG). La solution remplace l’eau au sein du cuir. Il est alors séché. L’eau s’évapore et le PEG reste évitant les retraits et déformations. Mais le PEG est un oxydant du fer. Dans le cas de pièces composites on ajoute donc un antioxydant au bain.

​Pendant l’enfouissement les liens d’assemblage se sont dissous. Pour les pièces complètes destinées à être exposées une restauration consistant en une réfection des coutures peu être envisagée.

Véronique MONTEMBAULT  chercheur indépendant

Site Archéologique Gallo-Romain / Initiation à l'archéologie

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